« Ce roman m'a pris dans sa magie et il ne m'a plus laissé m'échapper. Il est comme une drogue, fantastique, magie pure, très peau, comme la peau des fées et l'esprit d'oracle... »
« Ce roman m'a pris dans sa magie et il ne m'a plus laissé m'échapper. Il est comme une drogue, fantastique, magie pure, très peau, comme la peau des fées et l'esprit d'oracle... »
Qu’entends-je au-dessus des croassements des corbeaux ?
Au-dessous de ces serpents qui sifflent ? Le bruit de l’air. L’air pur et incomparable d’un auteur fantastique qui manie la poésie en roman mais qui devrait arrêter de faire du roman en poésie. C’est trop beau.
« J’air » est un livre écrit par un auteur dantesque, caravagesque. D’une écriture dépouillée de ses oripeaux de chair faible. L’originalité du miroir renversé tient surtout dans la dramatique vision du mal à travers plusieurs couches d’anti-matière. Non, Sandrine Rotil-Tiefenbach ne sera jamais normale, comme le dit si bien Antoine, son ange maléfique intérieur « Devenir normal ! Comme tout le monde ! Quel intérêt ? Qui sont les monstres ? », avec son air de ne pas y toucher, Sandrine nerveusement, joue de la magie des couleurs, de l’uniformisation des êtres et du total néant des poissons rouges dans le bocal de la vie. « Alice », qui dès les premiers instants, sort de sa chrysalide pour transformer le sujet en objet de convoitise, en putréfaction suivie par le lecteur, prouvera page 127 que le roman ne s’arrête pas là.
Qu’il ne s’arrête jamais d’ailleurs. Qu’à faire sa mue de l’anonymat, eh bien, au mieux il y a le pire. En serpent, nue comme un vers, Rotil-Tiefenbach manie le chaud et le froid, tente l’illusion de nous faire croire que nous sommes quelques-uns au milieu de nulle part à chercher la vérité, sa vérité à elle. Elle nous donne l’impression d’exister dans un monde sans araignée au plafond mais plein d’inconnus traçant des sifflets maléfiques dans la rue.
Ce livre ne va pas plaire car il dissipe toute ambiguïté sur l’humain. Ce livre est sanglant, incisif, laissant une traînée d’hémoglobines sur son passage. Je t’aime ma cendre maléfique en nerveuse extraordinaire.
[Pierre Derensy, Le Mague]
J’air, Sandrine Rotil-Tiefenbach, Roman, Editions Michalon, 2004