Romancière, poète

 J'air

Dernière fin du monde avant le matin

 

« Ce roman dérangeant et envoûtant prend le lecteur en otage pour le mener là où la folie l'emporte sur la réalité. Ecrit à la lame de rasoir, J'air marque la naissance d'un écrivain. D'une voix. »

[Pierre Drachline]

 

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Alice est une jeune femme ordinaire. Tout en elle est normal, convenu jusqu’à la transparence. Est-elle lasse de cette banalité, de cette absence de relief qui la livrent à toutes les agressions du monde vif ? Est-ce la raison pour laquelle elle décide un jour de s’effacer ? Oh ! pas en se faisant plus discrète encore, en se fondant plus profondément dans la multitude anonyme d’une ville toute de grisaille et de vacarme. Non, pour disparaître - se délivrer en se livrant au vide ? -, Alice adopte une méthode radicale : elle ôte sa peau.

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[Carole Zalberg]

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     J’étouffe. J’ouvre une fenêtre mais l’air reste dehors. Je fais aller et venir ses battants, d’avant en arrière, pour l’attirer à l’intérieur. La chaleur poisse en dedans comme au-delà, par brassées. De la sécheresse et rien que de la sécheresse. J’ôte mon pull à grosses mailles. Mais c’est pire. L’air chaud vient se coller directement sur ma peau. J’y mets de l’eau froide, à même le robinet, les coudes enfoncés dans la cuvette. L’eau s’évapore immédiatement. Celle qui sort de mes pores la fait fuir. Je n’ai pas le choix. J’ôte ma peau. Le plus dur c’est de se lancer. Après ça va tout seul. Exactement comme quand on pèle une orange. L’amorce étant faite d’un coup d’ongle bien senti, l’écorce se détache sans plus de résistance. Parfois, cela se déchire un peu. Quand j’ai fini, je regarde au sol ces débris dérisoires. Sortis de leur enveloppe, je les trouve tout à fait ridicules. Des copeaux de chair molle, roses à vomir, laids. Je les fourre à la corbeille en vitesse. M’en monte une nouvelle suée. Je me passe la main sur le front. Malheureux réflexe ! Maintenant j’ai foutu du sang partout. Je retourne en courant à la cuvette au-dessus de laquelle je me penche du mieux que je peux. Si je fais trop de taches par terre, la direction me fera des réflexions. Le sang s’en va dans le petit trou blanc.

[in J'air © Michalon]

 

[extrait 1 - 2]

 

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